vendredi 24 mars 2017

Birmanie : 4 rencontres inoubliables


Puisque ça a l'air de vous plaire, je continue le récit de notre voyage en Birmanie. Je crois que je me répète mais  je suis tombée amoureuse des Birmans, de leur gentillesse, de leurs sourires et de leur infinie bienveillance à notre égard tout au long du voyage. Des sourires spontanés, des regards qui pétillent, des discussions entamées et des échanges faits de rires, de grands gestes, d'incompréhension parfois et d'infinie gentillesse toujours.

Je suis rentrée de Birmanie avec toute cette bienveillance, ces regards pétillants et cette montagne de sourires dans mes bagages. Parce que si je ne devais retenir qu'une seule chose de la Birmanie, ce serait incontestablement ces rencontres. J'ai vu des paysages, rigolé comme une gamine devant des rizières à perte de vue, traversé des villes en moto, en taxi, à pied, j'ai passé des journées entières dans des bus, bercée au son des raclements de gorges très caractéristiques du pays mais rien d'aussi fort en émotions que toutes ces dizaines (centaines ?) de rencontres faites tout au long du voyage. Des rencontres avec des personnalités hautes en couleurs, aux caractères bien trempés et aux histoires déroutantes, inavouées, insoupçonnées. De toutes ces rencontres, j'avais envie de vous raconter 4 d'entre elles, qui m'auront marquée plus que les autres. Quatre rencontres faites autour de Loikaw. 5 personnes de 3 ethnies différentes avec, pour dénominateur commun, un sourire plus que pétillant.

On a quitté Nyaungschwe et le Lac Inle un peu trop touristique à notre goût pour rejoindre Loikaw en quelques heures de minibus à peine. Si on a rejoint Loikaw, c'est surtout pour partir à la rencontre des Padaung qui vivent dans des villages à quelques kilomètres de là. La ville en elle même n'a rien de mémorable, si ce n'est son marché ultra coloré qui regorge de sourires incroyables.

Ce matin, on découvre notre guide et on part avec lui à la rencontre des Padaung. Martino (de son nom occidentalisé, son prénom birman étant difficilement mémorisable) nous emmène d'abord sur un marché à quelques kilomètres de la ville. Dans les allées, on croise de nombreuses femmes Pao, reconnaissables à leur foulard orange noué sur la tête. Sur les étals, des crevettes qui me font penser à celles de ma Côte d'Opale, des coquillages, du bambou, des rats coupés en deux (et délicieux selon Martino) et plein de petites choses sucrées à base de coco à grignoter. Le chauffeur nous dépose ensuite à quelques mètres des villages Padaung. On termine le chemin à pied, le temps d'appréhender quelques mots comme "Abalolé" (bonjour) ou "Tawibana" (Merci).

Un déjeuner avec DawMuda et Ulapia



Après un premier arrêt (et un premier dessin chez Mu Pin), on s'arrête à l'heure du déjeuner chez Daw Muta et son mari Ulapia. On retrouve Daw Muda sur la terrasse de la maison, en pleine activité de couture. Que fait-elle ? Je ne sais pas et même le guide n'a pas l'air de comprendre. en train de coudre un mystérieux morceau de tissu. Il fait chaud, la terrasse est à l'ombre alors on s'installe pour manger nos nouilles achetées ce matin sur la marché et faire connaissance avec eux. Daw Muda accepte de poser pour Steph, Martino se met à la couture et moi j'essaie de prendre quelques photos.

Je ne maîtrise pas vraiment mon appareil mais on a toutes les 3 un reflex alors on échange astuces et réglages pour ramener en France des belles images. Depuis le début du voyage, je galère un peu avec mes photos qui sont tellement éloignées des images que j'ai dans la tête mais, ce jour là, sur la terrasse de Daw Muda et Ulapia, les photos qui sortent de mon réflex me plaisent... alléluia !
On leur propose de poser ensemble pour une photo et c'est timidement que Daw Muda se rapproche de son mari. Une rencontre qui se termine en éclats de rires, cette journée nous réserve de bien jolies surprises et ce n'est que le début !




Muta, sa curiosité et son rire communicatif



Martino nous emmène chez Muta. Installée elle aussi sur la terrasse de la maison, elle tient à nous montrer sa cuisine et nous emmène dans la maison. Dans la cuisine, complètement enfumée, tout est noirci par le foyer installé au cœur de la pièce. Au plafond, sont suspendus épis de maïs et levure, nécessaire à la production de l'alcool de Millet qu'on aura l'occasion de goûter plusieurs fois dans la journée et dont notre guide, Martino raffole apparemment.

Muta fait incontestablement partie des plus inoubliables rencontres de notre voyage. Pourquoi ? Parce que Muta est curieuse et a plein de questions à nous poser. Une curiosité qu'on aura finalement très peu rencontrée tout au long du voyage, une curiosité qui fait plaisir et qui nous permet d'équilibrer un peu la balance des questions (parce que je crois bien qu'on aura posé des centaines de questions pendant ce mois passé en Birmanie, assoiffées de découvertes tant sur la pays que sur les hommes qui y vivent).

Muta est curieuse mais a surtout un rire inimitable et tellement communicatif. Muta, comme la plupart des femmes que nous avons rencontrées, déteste ses rides qui la rendent pourtant tellement belles. Des rides du sourire, assurément. On quitte Muta à regret, là encore, comme chez les Lahu-Shi, on serait bien resté quelques jours de plus dans ce village, pour un peu plus de découvertes et de partage surtout.


 

Daw Pena et son histoire émouvante



Après une première journée passée avec Martino à la rencontre des Padaung, on part pour une nouvelle journée de rencontres. On pensait retrouver Martino mais son chef en a décidé autrement et c'est avec lui qu'on passera finalement la journée. Thé Ang est un peu l'antithèse de tous les birmans rencontrés depuis le début du voyage : un look de business man avec son smartphone pendu à l'oreille en permanence, aucune délicatesse, très tactile et toujours en mouvement... un ovni dans le paysage birman si doux rencontré jusque là.

Après un début de journée partagée entre incompréhension, indélicatesse et l'envie parfois très forte d'être une petite souris pour aller se cacher dans un grand trou, Thé Ang nous emmène chez Daw Pena. Après quelques minutes de sourires gênés et d'observation mutuelle, le dialogue s'installe et notre guide du jour semble s'adoucir un peu. Quelque peu refroidie par mes dessins pas très réussis de la veille, je prends juste quelques photos et j'écoute le fils de Daw Pena nous raconter son histoire.

Daw Pena a 68 ans, un très grand chapeau couvert de perles sur la tête et une bouche pleine de bétel, d'un rouge sanguinolent. Mais Daw Pena a surtout des yeux en amande, un regard plein de malice, un grand sourire et un visage qu'on n'oublie pas.

Daw Pena a 5 enfants, 3 filles et 2 garçons. Depuis 5 ans, un de ses fils est en prison pour avoir fait la mule et transporté des méthamphétamines. Il a 25 ans et a été condamné à une peine de 40 ans de prison. Daw Pena, dont le mari est décédé, ne peut voir son fils que trop rarement et uniquement pendant 15 minutes.  Le nouveau gouvernement a récemment fait libérer de nombreux prisonniers politiques mais pas de condamnés pour trafic de drogue.

" Le corps ne fait pas mal quand on le prend en photo "  
Daw Pena



Saw Arrow Shit, aussi rapide qu'une flèche



"Je m'appelle Saw Arrow Shit car je suis rapide comme une flèche". C'est avec ces quelques mots que le personnage le plus déluré de la journée nous a accueillis chez lui. Quelques mots prometteurs qui en disent long sur ce personnage haut en couleurs. Car Saw Arrow Shit ne ressemble à aucune autre personne rencontrée précédemment. Il parle anglais, s'agite dans tous les sens et rigole en permanence. Ses mimiques et sa gestuelle sont plus qu'expressives. On le croirait tout juste débarqué d'une autre planète.

Saw Arrow Shit a 68 ans. Il est marié à Daw Htwi Htwe Phyu, 45 ans et ils ont ensemble 6 enfants, 4 filles et 2 garçons. En une poignée de secondes, il revêt sa tunique Karen, son drapeau et nous raconte son histoire. Son père a combattu contre les Britanniques puis contre les Japonais. Saw Arrow Shit a fait partie de l'armée Karen (l'ethnie à laquelle il appartient) dès l'âge de 16 ans et a une grande phrase tatouée sur le front. Après cette discussion haute en couleurs, il nous propose de revenir les voir pour déjeuner avec eux. Malheureusement, ce ne sera pas possible, nous quittons Loikaw le lendemain pour rejoindre le lac Inle.



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vendredi 17 février 2017

Birmanie : en passant par le Lac Inle...


Je reprends le fil de mon voyage birman. De nos 5 jours à Kengtung, je garde le cœur serré en repensant à tous ces sourires rencontrés au gré de nos balades et pérégrinations dans l'état Shan. La route autour de Kengtung est interdite aux étrangers, on n'a donc pas d'autres choix que celui de quitter la région par avion. Je n'ai pas la phobie de l'avion mais les deux vols qui nous attendent me rendent quelque peu nerveuse. Dès l'entrée dans l'aéroport, j'attrape un peu chaud, tout y a l'air factice et rien ne semble  avoir bougé depuis des années. Notre pilote a les dents rouges foncées, teintées par le betel qu'il mâche en permanence mais je reste zen...TOUT va bien se passer !

Et effectivement, les deux vols se passent plutôt bien mais je suis bien contente de poser mes deux pieds sur la terre ferme à Nyaungschwe.  On rejoint en taxi notre guest house, le temps de poser nos sacs et d'aller manger un morceau.

Mais où est donc passée la Birmanie ?
Il me faut à peine quelques minutes pour réaliser que Kengtung est désormais bien loin. Plus besoin de lampes de poches pour chercher notre route dans la nuit, ici les routes sont balisées, les restos et les bars ont des enseignes lumineuses et sont remplis d'étudiants australiens à moitié (complètement) alcoolisés. Adieu les nouilles Shan, bonjour les plats occidentalisés et les bars à cocktails. On se laisse prendre au jeu, rires, bonne humeur et mojitos sont au programme de la soirée. En regardant le décor autour de nous, je me dis qu'on pourrait être n'importe où dans le Monde et j'ai même l'impression d'avoir changé de pays en quelques heures à peine.


Le lac Inle, entre tourisme, rencontres et découvertes


Notre boat-driver vient nous chercher à la guest-house le lendemain matin. Il ne parle absolument pas anglais, on ne maitrise pas du tout le birman, il nous reste le sourire et les gestes. Difficile de se comprendre dans ces conditions alors on se laisse guider. On pensait qu'il nous amènerait directement au marché mais que nenni. On fait plusieurs arrêts successifs dans des ateliers/boutiques/attrape-touristes (au choix). On a le droit à une petite visite à chaque fois mais les guides ont l'air tellement blasés qu'on a du mal à s'y intéresser. Certes, les produits présentés sont plutôt jolis mais les prix sont exorbitants. Notre bateau atteint enfin le marché mais malheureusement un peu tard. Il est 10h15 et, déjà, les vendeurs commencent à remballer. On achète clémentines et cacahuètes et on amorce le contact avec un groupes de femmes Pao. Leurs sourires sont éclatants. L'une d'elles, après quelques hésitations, accepte de poser pour Steph. Et moi, j'observe la scène. D'abord intriguée et quelque peu méfiante, la jeune modèle semble piquée de curiosité. Un grand sourire laisse rapidement place à la méfiance et même une certaine fierté. Le pouvoir du dessin m'impressionne et ce n'est que le début !


Après les regards intrigués et curieux et les sourires, vient le temps des échanges (heureusement qu'on a révisé un peu et qu'on réussit désormais à baragouiner quelques mots birmans) "Comment t'appelles-tu ? Quel âge as-tu ? Es tu mariée ? As tu des enfants? " On a toutes quasiment le même âge et des vies tellement différentes. Au sein du groupe, il y a Muflabau (prononcez Mouflaba-o), ses cheveux poivre et sel, son visage ridé mais si doux et son turban jaune moutarde assorti à son si joli gilet. Muflabau a un visage comme ceux que j'aime et qui m'inspirent, doux, ridé et tellement expressif. Un regard que j'essaierai d'immortaliser à mon retour à Paris. Un regard et un sourire que je n'oublierai pas. On échange des polaroids, une jolie façon de se dire au revoir, un petit rituel désormais.


Du marché, on monte jusqu'à la pagode bâtie sur un promontoire. Les temples boudhistes et les pagodes sont une grande découverte pour moi qui foule mes premiers pas sur le sol asiatique. Je reconnais avoir du mal à trouver du charme à ces bâtiments plutôt kitsch et clinquants. Boudha est cerné de guirlandes lumineuses multicolores et clignotantes et de murs peints d'une couleur dorée. Mais la suite du voyage devrait me réserver de belles découvertes et des sites archéologiques plus charmeurs (pour mes yeux d'amoureuse du patrimoine tout du moins). Car la notion de patrimoine ne semble pas être arrivée jusqu'en Birmanie. Peu de bâtiments semblent être entretenus. Ici on ne restaure pas, on reconstruit. Mais affirmer que ces sites sont dénués de charme serait mentir, il faut reconnaître que marcher et évoluer autour de la pagode au son des centaines de petites cloches suspendues aux stupas a quelque chose de magique.


Après un déjeuner exquis et des retrouvailles incroyables au beau milieu du lac (mais ça c'est une autre histoire), on prend le chemin du retour vers Nyaungschwe.  Comme à l'aller, on n'échappe pas aux visites d'ateliers et de boutiques mais on réussit à en éviter certaines non sans une certaine satisfaction.


Et puis au coucher du soleil, le bateau ralentit et les pêcheurs s'approchent en multipliant les figures plus ou moins acrobatiques et les poses plus ou moins naturelles autour de nous. Les photos parlent d'elles-mêmes je crois.  La journée se termine donc comme celle de la veille : en éclats de rires ! 



Je ne sais pas vraiment quoi penser de ces photos, prises entre contre- jour et coucher de soleil mais je crois que je les aime bien quand même (et puis en 2017, j'ai décidé d'arrêter de me prendre (trop) la tête. Ratées ou pas elles retranscrivent finalement pas trop mal cette tranche de souvenirs birmans ;)

  
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